
Ha l’amour !
Et moi, je vais faire une histoire d’amour avec ça ? Bonjour ça ne va pas être coton !
Pourtant, un jour, un Italien passant par là, tombe nez à nez avec les yeux bleus mais néanmoins globuleux de la dite Christiane. Ce mec, brun, peau mate, yeux verts, sourcils noirs, allure tout à la fois, nonchalante et sportive, un vrai physique de comédien… si la nature avait bien voulu lui faire dépasser un mètre trente cinq . Il se troubla néanmoins, lorsqu’il vit cette ’’Cendrillon de minuit passé’’. Etait-ce de la compassion ? Ou bien, est-il attiré par les effets de la dame ? Cet homme a-t-il une bonne vue ? Enfin, toujours est-il que la conversation s’engage entre ces deux êtres devant un capuccino qu’ils prenaient à la terrasse d’un café.
C’est peut être pas encore une histoire d’amour, mais ça s’engage mieux que prévu.
Chacun, raconte un peu sa vie. Chacun commente ses centres d’intérêt. On s’échange les prénoms. Bon an mal an, le courant commence à passer. C’est d’ailleurs, ce moment là que le bellâtre choisit pour planter une banderille et tenter un rendez-vous dans un des meilleurs restaurants de la ville.
Je sens qu’une nouvelle idylle va naître sous nos yeux médusés !
Tout semble parfait. Nous allons assurément caser deux tourtereaux qui vont vivre une vie de rêve et probablement avoir une nombreuse descendance. Quoique pour la descendance, si on pouvait éviter le malheur de quelques marmots, tirant probablement sur le moins bon de l’un ou l’autre des parents, ça ne serait pas plus mal.
La belle ingénue semble éblouie par la tournure des évènements. Elle minaude. Elle gazouille. Elle claque des genoux et ça fait un bruit infernal. Elle dit… NON !
Comment ça NON ?
Et oui c’est NON !
Et pourquoi tu dis non ?
JE NE SUIS PAS UNE FILLE FACILE ET JE NE DîNE PAS LE PREMIER SOIR ! Voilà pourquoi
Mais espèce d’abrutie, tu as intérêt à être facile si tu veux connaître un jour le goût du… Je m’énerve mais déjà j’écris une histoire qui ne va pas dans le sens où je veux et un des personnages en profite pour semer la pagaille dans la trame de mon roman.
Donc, le bel hidalgo version italienne semble désespéré. C’est l’air contrit qu’il laisse partir son ex-future dulcinée. Il se demande encore à quel moment, la rencontre lui a échappé. A-t-il fait un faux pas, dit une bêtise, eu un geste déplacé ? Le cœur serré, il se lève à son tour, paye l’addition, sort dans la rue et, hagard, prend le premier bus pour la destination la plus lointaine.
Bon ! J’ai l’impression que l’histoire va tourner court. Ce n’est pas de pot, à peine commencée et c’est déjà la fin.
La tête contre la vitre côté route, Christiane, assise au troisième rang du bus 24 part voir sa mère et lui demander sa position sur son refus. Elle se demande si elle a pris la bonne décision en répondant par la négative à Alessandro. Elle a tout le temps de tourner et retourner ses questions dans sa tête, puisque le bus 24 parcourt près de soixante kilomètres. C’est la ligne la plus longue de la compagnie locale de transport de voyageurs.
Et qui a pris le bus pour aller le plus loin possible, hein qui ? Et oui c’est Alessandro le malheureux éconduit qui lui aussi a pris le bus 24.
Ah ! Voilà autre chose. Je ne m’attendais pas à ce retournement de situation.
Mais Alessandro s’est assis au premier rang côté droit et n’a donc pas vu Christiane qui n’a pas vu Alessandro non plus, puisqu’il ne dépasse pas le haut du dossier de son siège. Le bus roule sans encombre sur une route secondaire au milieu de la campagne verdoyante. Le paysage serait attrayant et le voyage agréable, mais notre italien ne voit que nuages et tempêtes. Les arrêts se succèdent. Des passagers montent ou descendent. Les kilomètres défilent. La monotonie est bien installée.
Il va peut être se passer quelque chose d’intéressant ?
Les trois quarts du parcours se sont passés sans encombre. Pas de bouleversement, pas d’accident, pas d’incident, pas d’anicroche hormis un coup de frein appuyé pour éviter un chien traversant sans regarder. C’est tout !
Je vais rectifier mon histoire et permettre ainsi à Christiane de se lever pour aller parler au chauffeur qui est un copain. Là elle va voir Alessandro et, la surprise aidant, ils vont renouer.
Ayant un coup de cafard monumental, la ‘’belle ingénue’’ (on va dire ça comme ça !) a passé un foulard sur sa tête pour cacher sa peine du regard de son voisin. Elle reste immobile, ne fait pas le moindre geste. Elle fait même semblant de dormir.
Eh oh! Dans ma rectification, tu dois te déplacer pour aller parler au chauffeur. Aller hop, où mon histoire va être différente que ce qui a été prévu au départ !
Trois types montent dans le bus. Ils ont la mine renfrognée des gens malsains. Des vrais gueules d’assassins, des vauriens, des bandits de grand chemin, des renégats, des salopiaux, des...enfin, pas des gens fréquentables. Ils ont le fameux type irlando-hispano-coréen avec des yeux un peu ‘’hybrides’’. C’est spécial.
Ils ne vont pas casser mon histoire ceux là ? !
Ils jettent un coup d’œil furtif sur chacune des places clairsemées d’un bus à demi plein. La tension monte. Après un rapide examen, ils se déplacent et s’assoient sur la banquette arrière où ils peuvent être ensemble pour parler tranquillement.
Il va se passer quelque chose car ils ont l’air méchants.
Le bus démarre, fait une centaine de mètres et est stoppé par deux hommes en imperméable brandissant un insigne de la police. Ils ordonnent au chauffeur de s’arrêter, d’ouvrir la porte de devant, montent et, ont l’énorme surprise de se trouver nez à nez avec notre italien du premier rang qui n’est autre que le fameux Al Cap’one, (le demi public n°1 vu la taille) toujours recherché et toujours introuvable. La pauvre Christiane s’est entichée d’un brigand. Elle n’a vraiment pas de chance. Un énorme dilemme se présente aux policiers. Ils sont venus surveiller trois vauriens et les voilà avec un gangster en prime et qui n’a pas l’intention de coopérer, ni de se laisser embarquer.
Je pensais qu’il allait se passer quelque chose, mais alors là, tous mes espoirs sont comblés.
C’est la panique dans le car. Les passagers hurlent. Christiane hurle aussi, mais après son gangster d’italien. Le chauffeur hurle pour ramener le calme. Les trois types hurlent pour échapper à leur sort. Les policiers hurlent pour se faire entendre et faire respecter la loi. Tout ce petit monde hurle lorsqu’un fracas assourdissant calme derechef le dit ‘’tout ce petit monde’’ Un objet énorme a percuté le véhicule du coté gauche. C’est un objet insolite et suffisamment massif qui descend du ciel comme ça, sans prévenir. Un rocher ou une météorite ou peut être un OVNI, allez savoir ! Enfin, toujours est-il que la cabine a été touchée par le travers supérieur, ce qui a couché le bus sur son côté droit bloquant ainsi les portes.
Je n’ai jamais vu une histoire d’amour aussi insensée.
Donc, tout ce beau monde est coincé à l’intérieur sans dessus dessous avec un savant mélange de braves gens et de types pas fréquentables. Heureusement et par miracle, il n’y a que plaies et bosses. Le moment de stupeur bien compréhensible passé, chacun essaie de sortir de ce guêpier. Tout le monde y met du sien, sauf l’italien qui s’évertue pour sortir au plus vite afin d’échapper aux policiers qui eux font tout leur possible pour contrecarrer l’évasion.
Le fil conducteur de ce qui devait être un admirable roman d’amour s’éloigne de plus en plus de l’histoire que j’avais imaginée.
Les secours rendus sur place, récupèrent les passagers les uns après les autres. Les hommes par galanterie, viennent en aide aux quelques femmes. Un des trois ‘’mauvais garçons’’ aide Christiane à se relever et atteindre les fenêtres afin d’être extirpée de la carcasse. Par retour, elle intervient pour secourir, et soigner entre autre l’homme qui lui a prêté son concours. En définitive, il n’a pas l’air si terrible que ça cet homme avec ses petits bobos. Le dernier passager délivré, tous sont rassemblés dans une salle communale toute proche de l’accident et servant d’infirmerie de campagne.
Là, sont prodigués, réconforts et soins appropriés. Certains, en état de choc, sont allongés sur des couchages improvisés. Justement, Christiane qui commençait à perdre ses esprits a été étendue sur des couvertures. Se sentant probablement redevable, Alan, l’homme qui lui a apporté son soutien, reste à ses côtés pour l’assister. Le médecin dépêché par le SAMU local, donne des conseils sur la marche à suivre aux divers bénévoles. Alan, met en pratique les informations reçues, sur la jeune femme et pour qu’elle sente une présence réconfortante, lui prend la main et la serre doucement, voire tendrement. A ce contact chaleureux, elle ouvre les yeux et sourit à son protecteur. En définitive, ce n’était qu’un léger malaise vagal vite dissipé.
J’avais prévu un scénario différent. Christiane devait s’accoquiner d’un italien. Elle opte pour un javano-machin et c’est son problème. Moi, tout compte fait, je retombe sur mes pieds dans mon histoire, C’est la découverte d’un mâle pour un bien.
Environ trois heures plus tard, un minibus est mis à la disposition des passagers n’ayant subit que de légères blessures, pour les amener à leur destination finale. Alan et Christiane ont décidé de finir le voyage ensemble et s’assoient côte à côte sur la banquette du fond. Alan prend la main de Christiane qui le laisse faire. C’est pendant les vingt minutes nécessaires pour atteindre le terminus, terme forcé de leur voyage que ces deux là mettent à profit pour faire plus ample connaissance. La nuit est tombée depuis longtemps lorsqu’ils quittent l’autobus.
Alan se propose galamment de raccompagner Christiane jusqu’au domicile de ses parents par sécurité. Ainsi, ils déambulent seuls, dans les rues mal éclairées par d’antiques réverbères. L’homme enlace la jeune femme lorsqu’ils arrivent près d’un parc connu pour ses diverses espèces d’arbres centenaires. Les allées serpentant sous la végétation, abritent des bancs publiques qui en journée offrent un repos bien mérité aux joggers ou permettent aux badauds de rêver en admirant les cygnes se reflétant sur le lac.
Y a pas de lac mais ça fait plus romantique dans mon histoire.
La jeune femme hésite, mais elle se laisse entraîner dans ce lieu romantique pour ne pas réitérer son erreur du début d’après midi. Le clair de lune franc fait apparaître de nombreuses zones sombres. Alan, qui devient un peu trop entreprenant entraîne Christiane qui sent la situation lui échapper. Elle se dégage de l’étreinte d’Alan qui aussitôt reprend le dessus avec beaucoup de vigueur.
Tomber sur un cochon ça va, mais il ne faut pas tomber sur un porc !
Elle se débat, il l’a contraint, elle le repousse, il entreprend d’arracher ses vêtements elle crie, elle crie, elle crie, elle…
Mais c’est quoi ce bruit ? Ah, c’est mon réveil qui sonne ! Il est l’heure de se lever pour aller au boulot. Il ne s’agissait que d’un mauvais rêve. Cette histoire d’amour n’était en fait qu’un cauchemar idiot. Tout un chacun aura compris qu’une fille aussi moche, qu’un mec aussi petit, qu’un gars gentil qui a une mine aussi patibulaire et qu’un OVNI qui tombe sur un bus, ça n’existe pas. Pas plus que je suis écrivain puisque je suis jardinier. Ray Bill